3 mots sur... Eluard

Publié le par Artémis

Liberté. Enfance. Surréalisme.

Liberté : indissociable pour moi de ce mot, le poème d’Eluard. Une des valeurs cardinales de ma conception de l’existence qui s’incarne si bien sous sa plume. Essentielle et fondamentale liberté. Toujours partielle, évidemment. Inutile de se leurrer.


Enfance :
pourquoi enfance, pensez-vous ? Dans un recueil de poésies françaises que j’avais voulu, enfant -peut-être pour sa couverture de velours pourpre (mais pas seulement)- figurait Liberté d’Eluard. A lire et relire sans cesse ce livre, j’ai fini par apprendre, sans même le chercher, certains poèmes par cœur. Et l’un de ceux que j’ai su en premier était celui-là. Indélébilement inscrit dans mes dix ans, donc.


Surréalisme :
Eluard est une des grandes figures de ce mouvement majeur. Non, je ne suis pas communiste. AUCUN RISQUE. Mais en littérature, poésie ou peinture, j’aime tellement d’artistes et d’œuvres surréalistes. Pas tout, bien entendu. Jamais tout. Jamais.


 














Paul Eluard (1895-1952) par Man Ray 1933 ( 
Source)




 Liberté


Sur mes cahiers d'écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J'écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J'écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J'écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l'écho de mon enfance
J'écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J'écris ton nom

Sur tous mes chiffons d'azur
Sur l'étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J'écris ton nom

Sur les champs sur l'horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J'écris ton nom

Sur chaque bouffée d'aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J'écris ton nom


Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l'orage
Sur la pluie épaisse et fade
J'écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J'écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J'écris ton nom

Sur l'absence sans désirs
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J'écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l'espoir sans souvenir
J'écris ton nom

Et par le pouvoir d'un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.



Poésies et vérités, 1942.

 

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D'Ocean 19/07/2008 14:35

Le surréalisme...captivée des l'adolescence aussi par Eluard!

Artémis 20/07/2008 18:23



Eluard et tant d'autres.. A l'époque. Maintenant. Et demain encore.
 Littéraire jusqu'au bout des griffes....