Conte hivernal -2-

Publié le par Artémis

Après une journée de marche suivie d’une nuit rude et harassante, Renard repartit au matin vers le chalet, la luge garnie de vivres. La chasse, le troc, la ruse avaient permis de rapporter plus qu’espéré. Le soleil lui dégivrait le dos et faisait fondre les fines pellicules de glace qui vitrifiaient les branches dépouillées des arbustes givrés. La neige semblait aspirée par le sol. Dans le chalet, Hermine était nerveuse sans jamais s’apaiser. Séparés, ils étaient malheureux à se fendiller l’âme.

La journée s’éternisa et à quelques heures de la nuit, Renard n’était toujours pas rentré. Hermine qui n’avait cessé de combattre la vivacité de son sinistre pressentiment, le vivait décuplé par la durée de l’absence. Elle faisait les cent pattes dans le chalet en guettant sans cesse à la fenêtre. Rien. Toujours rien. La boite de Pandore s’ouvrit alors et l’espérance s’en échappa. Elle eut un long moment d’abattement qui l’englua dans la toile d’araignée du désespoir sombre. Quand elle rouvrit les yeux et releva la tête, le crépuscule se tenait devant elle.

Le temps du découragement a assez duré, pensa-t’elle. Elle rassembla ses forces, colla son museau sur la vitre, ferma les yeux pour retrouver un peu de calme et descendre au plus profond de son âme. Quand elle eut atteint ce stade, elle tenta de trouver l’écho de l’âme de Renard. Elle l’entendit trop faiblement pour que tout aille bien.
Elle réfléchit, puis ouvrit la porte et appela: Pivot ! Pivot ! Pivot, le hibou éternellement distrait, arriva les plumes en bataille et, comme toujours, un peu à côté de ses lorgnons.

- Renard n’est pas revenu. Il faut partir à sa recherche. Prends une lanterne et tout ce qui te semblera utile. Tu as cinq minutes lui annonça-t’elle

Comme prévu, quand Pivot revint, il avait oublié la lampe. Pendant, qu’il était reparti la chercher, pour se donner un peu de forces, Hermine prit une bergamote dans la bonbonnière et en déposa une au milieu des menues affaires qu’elle avait rassemblé dans un baluchon de fortune. Elle referma la porte du chalet et ils se mirent en route. La lumière, le paysage eussent pu être féeriques dans d’autres circonstances.

Ils se dirigèrent vers la forêt où les mélèzes exhibitionnistes se montraient nus à tous les vents et les sapins agitaient leur voilure accablée de neige autour de Pivot devenu luciole. Hermine eut la sensation d’une présence que rien ne confirma. Elle continuait de suivre la lanterne de Pivot lorsqu’un craquement, derrière elle, retentit. Toujours rien. La nuit était maintenant totale et les arbres dessinaient au sol, des motifs étranges, sous l’éclat lunaire. Elle se sentit attrapée par la patte et trébucha.

Devant elle, un Leprechaun la fixait d’un regard glacé. Elle jeta à la face de son agresseur une poignée de terre et de neige mêlées avant de s’enfuir. Elle courut jusqu’à ce que ses bronches s’enflamment, ramassa un rondin sur un tas de bois coupé et bondit dans un sapin opulent pour s’y cacher. Là, le cœur palpitant et la tête étonnamment froide, elle attendit de reprendre son souffle et de localiser Pivot qui avait continué sans même s’apercevoir de la situation. Au bout de quelques instants, elle entendit le bruit sourd de la neige étouffée sous les pas du Leprechaun, le vit s’approcher et séjourner sous son protecteur. Tournant la tête de tous côtés, il n’avait visiblement pas abandonné la traque. Elle inspira aussi profondément que le couvercle que l’angoisse bétonnait sur ses poumons le lui permit et serra, jusqu’à y planter ses griffes, son arme dérisoire. Après quelques interminables minutes, il reprit sa chasse et Hermine, sonnée, souffla haletante. Le perdant de vue dans les branchages, elle ne sut si elle pouvait redescendre et prit le parti d’attendre l’aube dans ce refuge.

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revelise 14/01/2008 20:21

Bonsoir, je viens de lire vos deux articles, un joli conte où les détails sont tellement bien définis qu'on entre dans l'histoire, on se demande ce qu'il va se passer après l'aube, je viendrais lire la suite. Bonne soirée

Artémis 14/01/2008 23:42

Bonsoir,Merci de votre commentaire. Savoir qu'il permette une immersion dans cet univers que j'ai créé me touche infiniment. Je suis en cours d'écriture de la suite que je publierai cette semaine. Bonne fin de soirée. 

gari 13/01/2008 20:25

bonsoir Artemis  , j'ais recu un mail de confirmation  pour pouvoir éditer  dans ta communauté ???? c'est bizarre  je n'est rien demandé , et d'autant  plus bizarre que la communauté à laquelle je participais a disparue de mon blog  et donc la tienne à sa place ???? j'y comprend rien , si tu as une idée fais moi signe merci : bonne soirée !

Artémis 14/01/2008 13:11

Bonjour Gari, Si vous avez reçu un mail de confirmation d'Overblog, c'est simplement car c'est la procédure à chaque validation d'entrée dans une communauté. J'ignore comment votre blog s'est retrouvé sur la liste des blogs à valider si vous n'en avez pas fait la demande préalable. Toutefois, sachez que je peux vous désinscrire si vous le voulez. Quant à l'autre communauté (Art moderne) à laquelle vous participiez, je la vois toujours figurer dans votre liste.Bonne journée.

D'Ocean 13/01/2008 19:17

..J'ai relu la première partie pour mieux plonger dans l'histoire..et apprécié les subtiles expressions..raffinement, précision...ça vibre jusqu'aux synapses...Lente attente, peur et frissons, inquiétude...l'appel...départ des recherches dans la nuit..brrr...et cette terrible rencontre...Mais j'ai éclaté de rire d'un coup à l'image des mélèzes nus...et sans pudeur!...J'attendrai la suite avec la patience nécessaire..car il y aura bien une suite...pas comme dans les films français ...promis?Bonne soirée Artémis..belle plume!~~

Artémis 14/01/2008 13:04

Merci du partage de tes impressions fines et délicates sur mon conte. Savoir qu'il communique les émotions que je souhaitais faire ressentir à la lecture est une vraie satisfaction et un encouragement.Bien sûr, il y aura une suite (rédaction déjà commencée). J'ai, en effet,  oublié de le préciser. Beau lundi, D'Ocean.