Essentiel et superficiel

Publié le par Artémis

On ne voit bien qu’avec le cœur ; l’essentiel est invisible pour les yeux.
Antoine de Saint-Exupéry, le Petit Prince
 
 
Et pourtant, cette célèbre et si pertinente phrase d’Antoine de Saint-Exupéry est bien malmenée dans les sociétés occidentales. Le Paraître l’emporte magistralement, depuis plusieurs décennies, sur l’Être. De sorte, que l’ensemble de la société suit cette tendance. Par le fait, la fameuse Allégorie de la Caverne de Platon -dont l’origine semble d’ailleurs  pythagoricienne- distinguant monde intelligible (des idées) et monde sensible (des perceptions) est d’une parfaite actualité. L’image, première représentation, demeure trop souvent le seul support d’opinion. Pourtant, connaître c’est dépasser ce stade. On ne peut s’approcher de la véritable essence d’une situation, d’une chose ou d’un être en se limitant à l’image projetée.
 
Chirurgien esthétique, esthéticienne, relookeur, conseiller en image dans le milieu artistique ou politique, coach sportif, etc… La plupart de ces professions vivant de l’image d’autrui, inexistantes quelques décennies plus tôt, s’adressent désormais à tous : femmes, hommes,  vieux, jeunes, inconnus ou célèbres.
 
 
Pourquoi ? Sans doute, parce-que dans notre ère régie par la mercatique (marketing), l’individu devient consommateur, le consommateur -découpé en tranches de CSP, âge, zone géographique- se transforme en données statistiques, les données se meuvent en marchés et cœur de cible à exploiter commercialement, les codes réducteurs et simplistes –jeunesse, beauté, sans effort, plaisir, etc…- sont censés définir le bonheur prêt-à-consommer.
 
Or, à force de désincarner, d’aplanir l’individu, l’on aboutit à multiples désastres de notre société contemporaine et dans les cas extrêmes (sans toutefois être rares), aux meurtres pour « manque de respect » ou « mauvais regard », à l’augmentation des viols collectifs ou individuels (augmentation car je vous l’accorde, ce n’est vraiment pas récent), au happy-slapping dont l’issue est parfois la mort, aux personnes renversées par un véhicule et laissées pour mortes, aux agressions violentes des vieux, aux personnes torturées ou tuées pour faciliter un vol ou un cambriolage, etc…La liste, longue mais non exhaustive, vous est familière par les informations médiatisées ou émanant de votre cercle personnel. Or, s’il n’y à pas conscience que l’autre est un individu, comme nous, possédant des sentiments, des émotions, une volonté, une histoire, une famille, un entourage, des rêves, etc… mais si au contraire, il n’apparaît être qu’une image de plus, où est le frein à la violence, à la barbarie ?
 
 Entendons-nous, je ne fais pas ici l’apologie du communisme –aucun risque-, de l’abolition du capitalisme – meilleur système économique actuel bien que très perfectible-, de la laideur ou du laisser-aller personnel. J’explique simplement qu’à mon sens, l’intérêt d’un individu ne réside pas dans sa seule apparence (croyez mon expérience que la beauté masculine soit très vite lassante lorsqu’elle accompagne une personnalité quasi-insipide), dans les biens qu’il possède, dans les marques qu’il porte ou consomme, dans l’image qu’il véhicule (citons à ce sujet, deux exemples paroxystiques courants d’images trompeuses : le premier rendez-vous amoureux et l’entretien d’embauche). Je ne vous dis pas qu’il soit préférable d’être laid, vieux, pauvre et mal fagotté. Non, ce n’est pas mon propos. Simplement, je pense que chacun doit valoriser son potentiel et que celui-ci ne se limite pas aux apparences, fort heureusement. Alors, pourquoi, en définitif, tant d’importance accordée à l’image au détriment de l’essence même d’un individu : personnalité, esprit, cœur, âme ? Pourquoi accepter le système, les codes que l’on nous propose, voire impose ?
 
Une vision, une opinion sont forcément erronées lorsqu’elles s’appuient sur une image superficielle. La surface ne permet pas de juger, de mesurer l’ensemble.



le-Petit-Prince.png
 
Illustration d'Antoine de Saint-Exupéry
 
S'il vous plaît... dessine-moi un mouton !
 
Mais n’en devient pas un, ajouterais-je.

Publié dans Expression

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ibios 18/01/2008 10:32

c-à-d que oui et non.., néanmoins ou néanplus, je trouve adorable cette pensée de st-exp.Par ces mots ; du superficiel à l'essentiel, la route est tantôt sinueuse tantôt invisible et c'est à chacun de tracer et de figer le temps.Nous pouvons extrapoler à volonté sans limite aucune sur le sens de nos mots au regard des attitudes qui en découlent..

Artémis 19/01/2008 14:22

NONobstant -ou OUIobstant-, que le chemin soit semé d'embûches ou dégagé comme une autoroute, les actes, postures et possibilités humaines sont comme l'extrapolation du signifié certes exponentiellement étendus mais pas illimités.

D'Ocean 23/10/2007 09:59

En ouvrant l'oeil intérieur pour pour s'entourer...et s'éloigner des irréductibles déstabilisants...mais si on est obligé de cotoyer..travail..proches, il faudrait un bouclier..de lumiere!~~

Artémis 23/10/2007 21:22

On possède souvent plus de ressources intérieures que l'on le suppose pour se préserver des nocifs et nocives. Peut-être est-ce le bouclier que tu évoques.

D'Ocean 22/10/2007 21:51

Culture de l'apparence, snobisme, courants..d'airs..de look..et pris dans ce tourbillon de futilités, la plupart oublient de lever les yeux , de regarder les étoiles, observer les nuages dans le ciel modelés par le vent, vols des oiseaux...l'illustration du Petit prince sur sa planète me fait penser à cela..

Artémis 22/10/2007 23:48

Oui, à trop se centrer sur eux, certains oublient  de regarder aussi CE et CEUX qui les entourent. Alors, dans une vie devenue superficielle, comment trouver et vivre le vrai bonheur de partager, contempler, s'élever, ressentir ?

D'Ocean 21/10/2007 20:51

Très belle page! Hélas, nous sommes bien dans le monde des illusions..où tout est jugé sur l'apparence,gérée par un égoïsme grandissant...A. de Saint Exupéry se serait certainement élévé contre ces dérives de la monoculture du moi!~~et c'est ta plume qui a pris le relais ..et de belle manière!

Artémis 22/10/2007 00:05

Merci D'Ocean. "La monoculture du moi", belle expression. Depuis que je fréquente le net, je constate des avis, certes minoritaires, mais qui ne se laissent visiblement pas leurrer par les tendances que j'exposais. Je conserve donc l'espoir d'une évolution positive..Antoine de Saint-Exupéry aurait assurément combattu ces dérives avec le talent notoire qui était le sien.  Pour l'instant, les blogs permettent une libre expression puisqu'aucun intérêt financier ou publicitaire n'interfère contrairement au système biaisé actuel médiatique.