La lettre d'Elise

Publié le par Artémis

Dans cette pièce d’une pénombre silencieuse, un bureau. Sur le sous-main Mulholland, une lettre aux mots d’encre bleu-gris, repliée sur elle-même. Je ne sais ni où se situe cette pièce, ni la demeure dans laquelle elle s’intègre.
 
Je n’ai pas pu lire l’intégralité de ce billet. Seulement, ces phrases, découvertes par les plis du vélin, fragments d’attendues confidences:
 
J’ignore si nous pourrons accorder nos visions, nos projets, nos espérances. Il est trop tôt encore pour le dire. Tu semblais si sûr que j’imaginais que ceux qui prétendent que ton signe est éthéré avaient raison et que tes certitudes en résultaient. Soit, ils ont tort au sujet de ton signe, soit, tu ne lui ressembles pas plus que je ne ressemble au mien. A priori, tu peux te projeter concrètement dans le futur avec réalisme. A telle enseigne, que  tu as dépassé ma propre capacité d’anticipation. Je ne sais si je ne peux ou ne veux voir si loin, mais il en fut toujours ainsi. Sans doute, par crainte qu’un avenir trop dessiné me coupe les ailes. Des ailes, non pour voler ailleurs mais distancer, parfois, le quotidien. Sans cette contrepartie, mon extrême lucidité serait invivable malgré un inoxydable optimisme qui n’y saurait suffire.
 
N’aie crainte, je sais que l’essentiel n’est pas dans les détails mais dans le respect des serments,  dans les vertus, les qualités cardinales. Celles que je place plus haut que les codes classiques de la séduction. Je sais la valeur des êtres. Je n’ai jamais confondu l’or et le doré.
 
Si tous les obstacles n’ont pas réussi à nous séparer, si le point de rupture, plusieurs fois frôlé, n’a laissé presque aucune griffe de son passage, cela doit nécessairement avoir un sens, une raison d’être. Parfois - sans doute pour éviter d’être trop consciente - je préfère refuser de la comprendre, cette raison, en attendant que l’avenir soit le messager de son explication. Nonobstant, peut-on feindre longtemps de ne pas voir l’évidence ? Ne possède-t’elle pas intrinsèquement un caractère inéluctable qui finit, coûte que coûte, par s’imposer ?
 
L’avenir sait déjà. Confiance. Il dissipera les rares brumes.
 
Elise
 

 

L’œuvre de Ludwig Van Beethoven qui a inspirée partiellement -le reste appartient à mon histoire personnelle- le choix de ce prénom, La lettre à Elise (1810 environ). J'ignore qui l'interprète.
 

Publié dans Expression

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D'Ocean 14/10/2007 17:09

Quel style!~~nos neurones sont ainsi bien sollicités, et je savoure cette confiance raffinée en l'avenir...j'ai  beaucoup aimé"je sais la valeur des êtres..l'or et le doré" ...une fine leçon de sagesse..voilà une page magnifique que j'ai lue avec bonheur..merci Artémis!~~

Artémis 14/10/2007 19:53

Tes commentaires sont toujours si inspirés. Vraiment, je ne sais comment tu fais pour l'être en permanence, dans tes oeuvres et tes réponses. Cela ne m'étonne pas que cette phrase t'ait plu.  Elle est, comme toi, ennemie du superficiel.