La mer

Publié le par Artémis

La plage paraissait s’étendre à l’infini vers la mer en cette douce journée de juin, que seul le vent tentait de troubler en s’amusant, inlassablement, en sale gosse qu’il était, à me projeter les cheveux dans les yeux. Assise sur le dossier d’un banc, je laissais le calme de la grève m’envahir, le ronronnement du ressac réguler mes battements cardiaques, le parfum iodé se déposer, comme le sel, sur mes lèvres.
 
Au loin, les silhouettes, éternelles anonymes, se découpaient en contre-champ sur la lumière furtivement tapie derrière les nuages qui ombraient le sable. Derrière moi, en rang discipliné, des villas de la fin du 19ème siècle, s’érigeaient en incontournables incarnations de pierre des vertus de la richesse lorsqu’elle sert l’utile esthétisant. Les belles rivalisant -comme jadis leurs propriétaires- d’élégance, d’originalité, de puissance tranquille ne se détournaient pas des marées qu’elles surveillaient de loin, depuis plus d’un siècle. Ces témoignages de l’esthétisme à la française demeuraient fichés au centre de leur minuscule jardin, cernés par le sable qui tournoyait avec le vent, avant de se déposer sur leur clôture de bois peint, comme pour mieux les narguer.
 
Je m'avançais vers la mer, et non loin d’un groupe de rochers moussus d’algues, sur le sable humide, au milieu d’autres coquillages, parfois brisés, vis un couteau vide. En observant le mouvement perpétuel des vagues dissemblables aux reflets gris-bleu bordées de dentelles voraces qui mordaient le sable avant de reculer devant l’ampleur de la plage, me revint l’envie d’écrire, comme je le faisais enfant, sur le sable de cette même plage. Avec le coquillage, j’inscrivis alors mes pensées sur le dos de ce confident amnésique, qui tel un tableau d’école géant et animé, effaçait aussi vite que j’écrivais, ces mots éphémères. Les dernières lettres furent dissoutes par le déferlement d’un rouleau, qui en retournant sur ses pas, restitua une surface lisse. Je regagnai la ville.
 
Rien ne subsistait de ces heures passées, et, comme les mots, les traces de mes pas dans le sable, prestement estompées par le vent et la mer, disparurent corps et âmes comme les infortunés marins, naguère. Rien, hormis le souvenir de cet instant gravé dans les abysses de ma mémoire.

Publié dans Nouvelles

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D'Ocean 11/09/2007 15:36

Magnifique scenario, tout y est ..situation, esthétique, histoire, odeur..mouvements de la belle iodée..et ce jeu d'écriture sur le sable...nostalgie...! Sur la longue plage du Pacifique à deux pas de chez moi..alors..je traçais chaque matin la silhouette d'un surfer sur une dizaine de mètres ou je modelais au sable, puis les vagues léchaient mon cadeau à l'Ocean..lentement.

Artémis 11/09/2007 20:45

Lorsque la plage est presque déserte, regarder la mer, seule, avec juste le bruit des vagues, me calme, m'apaise. C'est ainsi que je l'aime. Ton rapport à la mer est si fort, que je sais que tu me comprends mieux qu'une autre. La plage que je décris est en Normandie. La première fois que je l'ai vue, à 8 ans, j'étais en vacances avec mon grand-père qui venait d'acheter un studio là-bas. Pendant qu'il bronzait- ce qui m'ennuyait déjà à l'époque-, je dessinais avec les couteaux (les coquillages, heureusement) sur le sable  et ramassais tous les coquillages et morceaux de verre que je trouvais. A la fin des vacances, j'avais rempli son balcon. Je me souviens qu'il était ravi...  T'imaginer dessiner ce surfer sur le sable, me fait penser aux bouteilles jetées à la mer pour y porter un espoir de retour, de pensées ou de rêves. L'essentiel étant dans l'espérance plus que dans l'arrivée à bon port. Comme la vie, d'une certaine manière.